Conduite d'élevage des boucs

De La-chevre.


Quel que soit le mode de reproduction choisi, le résultat final (fertilité et prolificité) dépend de l'ardeur sexuelle des boucs et de leur aptitude à féconder les femelles sur chaleur naturelle, ou induite à l'aide de traitements associant progestagène et PMSG.


Rappels physiologiques :

La spermatogenèse (production de spermatozoïdes féconds et d'hormones mâles) démarre en moyenne vers 4-5 mois d'âge.

Elle est ensuite sous la dépendance de plusieurs facteurs :

  • durée de la photopériode : les caprins ont une activité sexuelle maximale en période de jours courts décroissants (automne).
  • niveau alimentaire : les excès ou carences énergétiques, azotés, en minéraux ou vitamines, ont des effets négatifs sur la spermatogenèse.
  • l'état sanitaire de l'appareil génital, mais aussi l'état général de l'animal ont une influence sur la spermatogenèse.


La durée de la spermatogenèse dans le testicule et les glandes annexes est constante :


1 cellule souche ------- 2 mois --------> 1 spermatozoïde fécondant

Il est donc nécessaire de prévoir plusieurs mois à l'avance (au moins 2 mois) la préparation des reproducteurs mâles.

L'induction naturelle des ovulations chez les femelles est d'autant meilleure que le mâle est ardent et reste au milieu des femelles pendant toute la période de monte (monte naturelle ou fécondation des retours en chaleur après traitement hormonal et insémination artificielle).


Conditionnement "lumineux" :

La succession de jours longs (16 h d'éclairement par 24 h) et de jours courts (8 h d'éclairement par 24 h ) est nécessaire pour stimuler la spermatogenèse. Les jours longs peuvent être remplacés par des "flashes lumineux" : 2 heures d'éclairement 16 à 17 h après une aube fixe (méthode INRA). Les jours courts peuvent être simulés par la pose d'implants de mélatonine.

Pour une utilisation à contre saison, le traitement se déroule en 2 phases :


1ère phase : Prévoir 2 mois à 2 mois et demi de jours longs :


Aube fixe : éclairer le local des boucs de 6 h jusqu'au jour naturel ; éteindre ensuite
Flash : éclairer à nouveau le local de 22 h à 24 h.

Il est nécessaire d'avoir 200 lux au niveau des yeux des animaux (vérifier à l'aide d'un luxmètre d'un électricien ou d'un photographe). En pratique l'utilisation de néons de 58 W (type blanc, brillant, bureau) est possible. Allumage et extinction seront programmés à l'aide d'une horloge à réserve de marche de 24 h.

  • Boucs à l'attache : 1 néon à 3 m de haut au dessus de la mangeoire et ce tous les 4 mètres.
  • Boucs en liberté dans un local : doubles néons tous les 4 mètres à 3 m de hauteur, au milieu de l'aire de couchage et non pas au dessus des mangeoires.

Les néons seront suspendus à l'aide de chaînettes et pourront être relevés lors de l'enlèvement du fumier. Des murs nets et blanchis améliorent la "luminosité " au niveau des yeux des animaux.


2ème phase : Prévoir également 2 mois de jours courts :


Plusieurs possibilités :

  • Arrêt de l'horloge et des néons : obturer les entrées de lumière naturelle avec des bâches noires et laisser les portes fermées durant 16 h / 24 h (par exemple ouvrir à 9 h et fermer à 17 h). Veiller à la ventilation du local (ventilateur, extracteur sur thermomètre...).
  • Lorsqu'on disposera d'implants de mélatonine, poser 3 implants à la face externe d'une oreille de chaque mâle.
  • En cas d'impossibilité d'utiliser l'une des techniques précédentes, laisser les mâles en lumière naturelle, dans un local le plus sombre possible.


Exemple :

pour une utilisation des boucs le 1er mai :

du 15 décembre au 1er mars (cf. jours longs)

du 1er mars au 1er mai (cf. jours courts)

soit un conditionnement photopériodique 120 à 135 jours avant la date d'utilisation effective des mâles.


Remarques : Après un conditionnement pour une utilisation à contre saison, le passage à nouveau à des jours longs de l'été (juin - juillet) peut entraîner un repos plus ou moins intense des mâles au mois d'août - septembre.

En cas de monte prévue pour cette dernière période, prévoir :

  • 2 lots de mâles dont l'un sera traité pour être actif au printemps, ou
  • traiter tous les mâles selon le protocole ci après pour qu'ils soient actifs toute l'année


Pour une utilisation continue durant l'année (cas de grands troupeaux ou conduite particulière de la reproduction), adopter le schéma suivant :

  • Succession de 2 mois de jours longs suivis de 2 mois de jours courts et ainsi de suite en continu. Ce schéma permet le maintien d'une activité spermatogénétique élevée toute l'année, mais il impose un bâtiment adapté (nécessité de faire le noir intégral pendant 16 h en été d'où extraction d'air et ventilation).
  • La mélatonine ne peut pas être utilisée pour l'instant dans ce cas de figure car les implants doivent être impérativement retirés au bout des 2 mois (difficultés pratiques).


Rationnement :

Au moins 2 mois avant les premières saillies, puis pendant toute la période de monte, les apports alimentaires doivent être augmentés de 15 % (cf. tableau ci-après : INRA 1988)


Poids vif

(kg)

Stade physiologique
Apports recommandés Capacité d'ingestion
UFL

PDI

(g)

CA

(g)

P

(g)

MS

(kg)

UEL
70

Entretien

Lutte

0,98

1,13

56

65

4,5

5,2

3,5

4,0

1,47

-

2,00

-

100

Entretien

Lutte

1,32

1,52

73

84

6,0

6,9

5,0

5,7

1,87

-

2,33

-


Durant la période des saillies, le bouc s'alimente mal et ingère peu d'aliments grossiers. Il faut donc prévoir un apport complémentaire de concentré.

Exemple : pour un bouc de 100 kg : 2 kg de bon foin, et 0,5 à 0,6 kg de concentré


De l'eau propre à volonté doit être disponible en permanence. En cas d'insuffisance, l'appétit de l'animal diminue.


Avec des rations à base de céréales et de fourrages conservés, il est judicieux de prévoir une distribution de vitamines (par exemple A.D3.E) 2 mois avant le début de la reproduction, puis une nouvelle fois juste avant les premières saillies. Cette supplémentation de vitamines n'est pas indispensable s'il y a affouragement en vert. Parmi les céréales pouvant être utilisées, l'avoine est réputée "échauffante" et stimulante.


En ce qui concerne les minéraux, les besoins en calcium et phosphore sont à peu près couverts par les teneurs des fourrages et des céréales. Un excès de phosphore peut provoquer des cas de lithiase urinaire (calculs). En cas de risque, distribuer du chlorure d'ammonium dans l'eau de boisson.

Pour les oligo-éléments (dont le zinc indispensable tout au long de la spermatogenèse ), il est recommandé de mettre à la disposition des animaux, des pierres à lécher à teneur garantie en oligo-éléments, spéciales petits ruminants.


Aspects sanitaires :

Eventuellement, prévoir un déparasitage interne au moins 2 mois avant le début des saillies ou les récoltes de semence.


Contrôle des organes génitaux :

Fourreau et pénis : déceler et soigner les ulcérations provoquées la plupart du temps par un manque d'hygiène . Le paillage régulier permet de prévenir en général ce genre de problème.

Testicule et épididymes : Avant utilisation des boucs, une palpation des testicules et des épididymes permet de déceler les inflammations (orchite ou épididymite). Un testicule sain est ferme. En cas d'infection, il sera enflé, plus dur et douloureux au toucher. L'épididyme, dont la queue peut être bien repérée au bas du testicule, est normalement élastique à la pression des doigts. Elle est plus grosse et très dure dans le cas d'une épididymite. Il en est de même de la tête de cet organe qui est plus difficile à localiser au sommet du testicule. La réforme des animaux atteints est la seule solution pratique.

Autres soins : veiller à tailler les onglons suffisamment tôt avant le début de la période de monte. Ceci évite les déformations d'aplombs et facilite le déplacement pour la recherche des femelles en chaleur.


Conduite d'élevage :

  • Placer le local des boucs près d'un lieu de passage fréquent : cela peut les rendre moins agressifs lorsqu'on a besoin d'eux.
  • Réveiller l'ardeur sexuelle quelques jours avant le début des saillies, en présentant plusieurs fois une chèvre (si possible en chaleur).
  • Rapport femelles / mâle : prévoir 1 bouc adulte pour 25 - 30 femelles en monte libre, et 5 à 6 saillies par jour en monte en main. Lors d'utilisation de jeunes mâles de l'année, diminuer ce ratio de moitié car, bien qu'ardent, le jeune bouc n'a pas de réserves spermatiques.




Réalisation : Comité technique du groupe Reproduction caprine
Capri-IA, Caprigène, Contrôle laitier, Institut de l'élevage, INRA, UNCEIA


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