Maladies abortives

De La-chevre.

Des AVORTEMENTS dans votre élevage ? SOYEZ VIGILANT


Un avortement... c'est l'expulsion d'un foetus mort ou qui ne survit que quelques heures.

L'avortement peut être précoce, non visible par l'éleveur, on parlera alors d'infertilité ou de mortalité embryonnaire.


Des avortements... pourquoi ?, quelles en sont les causes ?


INFECTIEUSES:
80 % des causes d ’avortement (en tenant compte de la prévalence régionale des maladies)
Maladies pouvant prendre une allure épidémique
  • F ièvre Q ou Rickettiose
  • Chlamydiose
  • Toxoplasmose
  • Salmonellose
  • Brucellose


Maladies concernant quelques animaux
  • Listeriose
  • Leptospirose
  • Conséquence d ’autres maladies bactériennes ou virales
ALIMENTAIRES
(N.B. : association possible avec des toxémies de gestation)
Qualité de la matière première (récolte/stockage/achat)
  • Moisissures (foin, ensilage, enrubannage)
  • stockage des céréales et concentrés déficient
  • Coumestrol (hormone fabriquée par les plantes) sur légumineuses fortement attaquées par des insectes ou maladies


Equilibre de la ration (dont minérale)
  • acidose
  • excés d ’azote en début de gestation


Qualité de l’eau d ’abreuvement
  • potabilité
Intoxications végétales
  • glands
  • plantes toxiques : astragale, colchique, redoul, if...


CONDUITE DE TROUPEAU
(risque occasionnel)
Maîtrise du parasitisme
  • anémie et état corporel : strongles gastro-intestinaux, ténia, petite douve et grande douve
Manipulation des animaux
  • amménagement de la chèvrerie
  • risques de bousculades (chien)


Intoxications médicamenteuses
  • administration de corticoïdes en fin de gestation
Risque humain : toutes les maladies infectieuses citées ci-après sont communes à l’espèce humaine et à la chèvre. L’infection passe généralement inaperçue chez l’homme. Toutefois, elle peut provoquer des maladies en particulier chez les personnes âgées, les enfants, les femmes enceintes, les personnes immuno-déprimées. La contamination se fait principalement lors de contacts directs avec l'animal malade ou avec ses sécrétions et plus rarement avec ses produits (lait, viande).



Maladies abortives : les connaître pour réagir



Maladies
Germe en cause
Risque humain
Mode de transmission
Symptômes cliniques
Diagnostic de laboratoire
(seul un résultat positif permet de conclure)
Traitements curatifs
(>3 % d’avortement)
Prévention
Sanitaire
Médicale
(aucun vaccin possède une A.M.M. chèvre) (3)
Fièvre Q ou Rickettiose (1)
Coxiella burnetti,

Bactérie résistante en milieu extérieur



Oui

(symptôme grippal important)



Contamination par contact (2) direct avec le placenta, avorton, fèces, urine, lait, salive contaminés et/ou par voie respiratoire.

Transmission possible par les tiques et les animaux porteurs sains.




- avortement en dernier tiers de gestation - mises -bas prématurées ou à terme de produits chétifs - possibilité de métrites






- immédiat : Bactérioscopie sur placenta ou écouvillons vaginaux = STAMP

- 15 jours minimum après le 1er avortement : Sérologie sur 3 sérums minimums de chèvres avortées + 3 témoins N.B. : - sensibilité plus grande de FQ par immunofluorescence réalisée dans certains laboratoires - recherche de Chlamydia psittaci possible sur kit spécifique depuis 1999












Antibiothérapie : tétracycline* sur toutes les gestantes : 2 fois à 48 H. d'intervalle; le traitement n'empêche pas l'excrétion

(limitera seulement le nombre d'avortement dans les 3 jours après la 2ème injection)


















Mesures d'hygiène
vaccin : Chlamyvax FQ*
(vaccin tué qui limite les signes cliniques mais pas l’excrétion)
période de vaccination : 1,5 mois avant saillie
(une 2ème injection peut être réalisée 15jours avant saillie dans le cas où le milieu est très infecté)
Chlamydiose (1)
Chlamydia psittaci,

bactérie



Oui 

surtout femmes enceintes



Surtout lors d’avortement :

contact direct avec les eaux fœtales contaminées, sécrétions vaginales, mais aussi avec les fèces, l’urine.




- vaccin tué : Chlamyvax FQ*
- vaccin vivant : Tecvax Chlamydia* : à prioriser dans le cas d’absence de FQ (prévient avortement et excrétion mais n'empêchera pas évolution maladie chez les chèvres déjà contaminées).
Pour les troupeaux non vaccinés,
vacciner tout la 1ère année puis uniquement les animaux de renouvellement les années suivantes
(1 injection pour toute la vie à 4 ou 5 mois d’âge).
Dans le cas de troupeaux préalablement vaccinés au Clhamyvax FQ, vacciner seulement les primipares.
Toxoplasmose




Toxoplasma gondii,

protozoaire résistant 18 mois en extérieur


Oui




surtout femme enceinte




Ingestion de matières fécales de jeunes chats par l’intermédiaire du pâturage, fourrages, céréales, eau.
Risques graves avant 120 jours de gestation.
Selon la période de l’infection :
- avant 50 jours de gestation: mortalité et résorption du foetus
- de 60 à 120 jours de gestation: avortement
- infection inapparente au delà et mortalité des chevreaux faibles
Sérologie sur avorton ou sur foetus par méthode Elisa
(fait dans certains laboratoires),
Histologie sur le cerveau de l’avorton
(fait dans certains laboratoires).
Sérologie sur chèvres 15 jours minimum après le premier avortement
(à renouveler dans le cas où c’est négatif).
Sulfadiazine* par voie orale pendant 8 jours.
Il n’existe pas d’A.M.M. pour les chèvres.
Mesures d'hygiène et surtout réduire les contacts des chats avec les aliments
des chèvre au niveau du stockage et de la mangeoire
(surtout avant 120 jours de gestation)
Immunité acquise après contact avec le parasite.
Vaccin vivant : Ovilis Toxovax* à faire par voie intramusculaire au moins 2 mois avant la lutte.
Rappel tous les 2 ans.
Salmonellose (1)
Salmonella abortus ovis,
bactérie résistante dans le milieu extérieur
Oui
Ingestion de matières contaminées
(aliments, sécrétion, eau ).
Vecteurs possibles : volailles, oiseaux, eau, matières inertes...
- Avortement dans les 6 dernières semaines de gestation
- hyperthermie
- diarrhée
- septicémie du chevreau
Bactériologie sur fœtus.
Antibiothérapie : Fluoroquinones*, TMP Sulfa*.
Il n’existe pas d’A.M.M. pour les chèvres.
Mesures d'hygiène
Vaccination au Salmovis* mais qui n'empêchera pas l'excrétion de la bactérie.
Listériose
Listeria monocytogènes,
bactérie résistante notamment dans les fourrages humides
Oui
Ensilage de mauvaise qualité.
Ingestion de listeria présentes dans le sol, litière, ensilage, excrétion utérine.
- encéphalite fréquent
- avortement plus rare
- association possible avec d’autres causes infectieuses
Bactériologie sur écouvillons. vaginaux, placenta, fœtus.
sporadique
Mesures d'hygiène
Ensilage de qualité

Brucellose
maladie réglementée (1)
Brucella,
bactérie
Oui
Contamination de l'environnement par le foetus, membranes foetales, lait, sécrétion vaginales...
(transmission par voie digestive)
- avortement
- la chèvre reste porteuse et excrétrice de la bactérie
bactériologie, sérologie, recherche par antigène, allergie.
sporadique
Mesures d’hygiène
Elimination des chèvres
Interdite
Leptospirose (1)
Leptospira interogans,
bactérie résistante dans les milieux humides
Oui
La contamination se fait généralement par l’environnement, par contact direct avec une urine infectée ou par l’intermédiaire de l’aliment, eau de boisson.
Les rongeurs, insectivores et animaux domestiques sont les vecteurs de la bactérie.
Forme aiguë : hyperthermie, jaunisse, urine brun rougeâtre, mortalité néo-natale
Forme subaiguë : avortement en fin de gestation
L’avortement est toutefois une forme rare

sporadique
Mesures d’hygiène et surtout plans de lutte contre les insectivores et les rongeurs
Séparation des espèces animales

(1) Maladies communes aussi aux bovins, ovins...
(2) Les durées et quantités sont portées sur une enquête nationale de la FNGDS depuis 99 * = Délivré sur ordonnance vétérinaire
(3) Il est vraisemblable qu’il n’y aura jamais d’A.M.M. (Autorisation de Mise sur le Marché) pour les chèvres (marché trop petit). Cependant, le dossier AMM nous permet d’avoir suffisamment d’éléments pour évaluer son efficacité. Il est donc de la responsabilité du vétérinaire traitant de prescrire les vaccins sur ordonnance.



Prévenir : Des mesures d’hygiène...



Tous les jours
(cf fiche prévention)
En cas d’avortement
  • Contrôle des animaux introduits
  • Pratiques d’hygiène (élimination enveloppe foetale, isolement des animaux malades ...)
  • Hygiène du personnel (pédiluve, lavabo ...)
  • Hygiène du matériel (désinfection)
  • Plan de lutte contre les insectes et les rongeurs
  • Séparation des espèces
  • Qualité de l’alimentation (élimination des refus ...)
  • Qualité du logement
  • Noter les chèvres ayant avorté
  • Usage de gants pour l’éleveur
  • Destruction placenta & avorton
  • Déclaration des avortements au vétérinaire et analyse brucellose = gratuit
  • Isolement des chèvres ayant avorté
  • Analyses supplémentaires pour rechercher la cause des avortements



Conséquences des avortements :


- des risques sanitaires pour l’élevage (risque d’épidémie) et pour l’homme

- non vente du jeune chevreau

- non renouvellement des chevrettes

- diminution de la production laitière de la mère (voir non montée de lait en cas d'avortement précoce)


En supposant 4 avortements dans 1 troupeau de 100 chèvres et une perte de 2/3 de la production laitière (chèvre à 600 litres) c'est :

  • 4 x 400 l x 2,80 F = 4 480 F.
  • 4 x 1,6 chevreau x 150 F. = 960 F

soit, 5 440 F (plus les coûts supplémentaires pour les traitements d’urgence : antibiotique) de manque à gagner et surtout des problèmes sanitaires dans l'élevage, des risques sanitaires chez l'homme. Ce coût, ramené à l’unité chèvre est 3 fois supérieur au coût du vaccin ramené à la même unité



Question-Réponse :


- Fau t-il vacciner les chevrettes à la naissance ?

Les chevrettes peuvent être vaccinées contre la Clamydiose à partir de 4 à 5 mois. La vaccination contre la Fièvre Q ne se fera qu’avant la mise à la saillie.


- Pendant combien de temps faut-il continuer à vacciner contre la Fièvre Q et la Chlamydiose ?

Il dépendra du taux d’infection du milieu. En m ilieu infecté (>3 % d’avortements), une vaccination Clamyvax FQ devra être administré aux primipares, donc avec rappel l’année suivante, avant saillie chaque année (vaccin tué ne supprimant pas l’excrétion). Dans le cas de la Chlamydiose seule, il est possible de penser que la vaccination annuelle des chevrettes au bout de 5 à 6 ans assurera l’installation d’un état d’équilibre (sans introduction d’anim aux) permettant l’arrêt de la vaccination. Ceci devra être suivi par prise de sang sur les animaux à mises-bas prématurées ou dans le cas de mortinatalité.


- Quel est le rôle du bouc dans les avortements ?

L’excrétion de chlamydies et Coxiella dans la semence est possible en milieu infecté surtout si le bouc présente des lésions testiculaires. Cependant, le bouc joue un rôle plus grand dans la transmission par contact vaginal d’une chèvre infectée à une chèvre saine.


- Quel est l’intérêt de vacciner contre la Chlamydiose un bouc destiné à la vente ?

Dans le cas de milieu infecté, la vaccination du jeune bouc (4-5 mois) avec le vaccin vivant Chlamydiose peut être indiquée. Cependant, peu d’expérimentations ont été faites pour le confirmer. En milieu très infecté, il conviendrait d’éviter la vente de reproducteurs vers des élevages présumés indemnes.



En cas d'avortement que faire ?



  • Isoler la chèvre ayant avorté,
  • Identifier et enregistrer le numéro de travail de la chèvre, sa date de saillie, date de l’avortement,
  • Mesure obligatoire : Le signaler au vétérinaire sanitaire, le rappeler si le nombre d’avortement dépasse 3 % pour prélèvement et analyse en vue de recherche Brucellose (gratuit) au minimum,
  • Prélever (pour envoi au laboratoire) directement le placenta sur l’animal avec des gants (il ne doit pas être en contact avec le sol) et conserver à 4°C. Dans le cas où le placenta est congelé, seule une analyse d’ADN pourra être réalisée (cette analyse coûte beaucoup plus cher que les analyses traditionnelles),
  • Détruire les avortons et les placentas restant : -. les enfermer dans un sac plastique (le sac plastique doit être très résistant, étanche et bien fermé) -. Déposer ce sac dans un local fermé et abrité -. Appeler l’équarisseur
  • Nettoyer et Désinfecter le box ,
  • Pour plus de 3 % d'avortements sur un même lot de mise-bas -. réaliser les prélèvements avec le vétérinaire -. envoyer les prélèvements au laboratoire -. réaliser les traitements d'urgence si nécessaire -. interpréter les résultats d’analyses avec le vétérinaire en vue de déterminer la cause de l’avortement -. prévoir les actions préventives pour l'année en cours et les années suivantes



Comment peut-on fonder rapidement une intervention thérapeutique sur le troupeau ?


  • par recherche directe de l’agent infectieux -. par une intervention thérapeutique fondée sur une approche épidémiologique des avortements dans l’élevage :

1) la chlamydiose est peu probable (mais possible) si les chevrettes et primipares ont été vaccinées avec Chlamyvax FQ ou si les chevrettes sont vaccinées avec Tecvax Chlamydia. Cependant, les chèvres plus âgées peuvent avorter car l’immunité vaccinale pas forcément relayée par une immunité « sauvage », baisse avec le temps.

2) La vaccination Fièvre Q n’induit pas une protection totale (surtout s’il n’y a pas eu de rappels). Il faut y penser dans tous les cas.

3) on peut penser à la toxoplasmose sur des avortements précoces ou sur des échecs thérapeutiques aux tétracyclines.



Comment peut-on conclure sur l’origine des avortements ?


Par recherche indirecte des anticorps sur 3 à 5 prises de sang des chèvres avortées en incluant les premières avortées avec un délai minimum de 10 jours après l’avortement pour au moins 2 à 3 chèvres.



Aquitaine et Midi-Pyrénées

Nov. 1999

Équipe technique CAPSUD


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